Tarifs américains : 10 secteurs où les marchés publics québécois pourraient devenir un nouveau moteur de croissance
Alors que de nouveaux tarifs américains frappent certains produits canadiens jusqu’à 50 %, Québec veut simultanément acheter davantage auprès des entreprises d’ici. Pour plusieurs manufacturiers et PME, les contrats publics pourraient devenir un marché à regarder beaucoup plus sérieusement.
Les tensions commerciales avec les États-Unis changent rapidement les stratégies de plusieurs entreprises québécoises. Depuis le 22 août 2026, de nouveaux tarifs américains de 50 % s’appliquent notamment à divers produits électriques, produits de construction, dérivés du bois, plastiques et textiles. Pendant ce temps, le gouvernement du Québec veut faire passer de 50 % à 60 % la proportion de biens qu’il achète auprès d’entreprises québécoises d’ici 2030. Cette combinaison pourrait créer une occasion particulière : pour certaines PME traditionnellement tournées vers l’exportation, les marchés publics québécois pourraient devenir un nouveau canal de diversification et de croissance.
Cette combinaison pourrait créer une occasion particulière : pour certaines PME traditionnellement tournées vers l’exportation, les marchés publics québécois pourraient devenir un nouveau canal de diversification et de croissance.
Quand le marché américain devient plus difficile, faut-il regarder davantage du côté de Québec?
Pendant des décennies, la proximité du marché américain a constitué un avantage naturel pour les entreprises québécoises.
Mais l’équation est en train de changer.
En date du 24 août 2026, plusieurs mesures tarifaires américaines touchent les produits provenant du Canada. Depuis le 22 août, des tarifs de 50 % sont notamment imposés à divers produits électriques et de construction, à certains dérivés du bois, plastiques, textiles et autres catégories de produits.
L’acier et l’aluminium sont également soumis à des tarifs importants, tout comme certains produits du cuivre, véhicules, pièces automobiles et équipements industriels.
Pour une entreprise québécoise qui réalise une partie importante de ses ventes aux États-Unis, ces tarifs peuvent réduire sa compétitivité presque du jour au lendemain.
Mais au même moment, un autre marché de plusieurs milliards de dollars cherche précisément à acheter davantage ici : le secteur public québécois.
En juin dernier, le gouvernement du Québec a dévoilé sa Stratégie gouvernementale des marchés publics 2026-2030.
Son objectif est clair : augmenter la part des biens acquis auprès d’entreprises québécoises de 50 % actuellement à 60 % d’ici 2030.
Selon le gouvernement, cette hausse pourrait représenter près de 1,9 milliard de dollars d’achats supplémentaires auprès d’entreprises d’ici.
Autrement dit, au moment même où certaines entreprises doivent revoir leur dépendance envers le marché américain, Québec veut augmenter ses achats locaux.
Les deux phénomènes méritent d’être regardés ensemble.
Un marché public beaucoup plus important qu’on pourrait le croire
Les marchés publics ne se limitent pas aux ministères.
Municipalités, sociétés de transport, établissements de santé, universités, centres de services scolaires, sociétés d’État et de nombreux autres organismes achètent chaque année des produits, des équipements, des technologies et des services auprès d’entreprises privées.
Le gouvernement évalue à près de 26 milliards de dollars par année en moyenne depuis 2018 la valeur des contrats publics québécois.
Le Centre d’acquisitions gouvernementales prévoit à lui seul 153 regroupements d’achats dans son Plan des acquisitions gouvernementales 2026-2027.
La valeur estimée de ces futurs contrats se situe entre 7,2 et 9,8 milliards de dollars sur deux ans, sans même compter plusieurs autres acquisitions réalisées directement par les organismes publics.
Pour une entreprise manufacturière habituée à vendre à des distributeurs ou à de grands clients privés, le secteur public peut donc représenter un marché beaucoup plus vaste qu’elle ne l’imagine.
Et certains secteurs semblent particulièrement intéressants dans le contexte actuel.
1. Acier
L’acier se trouve directement au cœur des tensions commerciales avec les États-Unis. Pour les fabricants, distributeurs et entrepreneurs québécois actifs dans ce domaine, les marchés publics représentent déjà une source réelle de contrats.
Les besoins sont nombreux : structures métalliques, bâtiments, ponts, conduites, équipements, revêtements, infrastructures municipales et projets réalisés dans les réseaux de la santé et de l’éducation.
Un exemple concret : Lortie & Martin
Les données de Qui Gagne Quoi montrent que LORTIE & MARTIN LTÉE a obtenu en août 2026 un contrat du Centre de santé Tulattavik de l’Ungava pour l’achat de matériaux et de bardeaux en acier VicWest destinés à la rénovation de cinq bâtiments à Kangiqsujuaq.
Valeur du contrat : 55 744,65 $
L’entreprise avait également obtenu quelques jours auparavant un autre contrat de 53 445 $ pour des matériaux et bardeaux en acier destinés à environ cinq bâtiments à Kuujjuaq.
Cela montre bien que même un marché très spécialisé comme les matériaux d’acier destinés aux bâtiments publics peut représenter des ventes récurrentes.
2. Aluminium
Le Québec est un producteur majeur d’aluminium et le gouvernement souhaite accroître l’utilisation de matériaux d’ici dans ses projets publics.
Transport collectif, infrastructures, bâtiments, équipements spécialisés, véhicules, mobilier urbain et installations municipales peuvent tous générer de la demande.
Un exemple concret : Groupe SSP
Selon les données de Qui Gagne Quoi, GROUPE SSP INC. a obtenu en juin 2026 un contrat de la Ville de Lévis pour la fourniture de formes à béton en aluminium.
Valeur du contrat : 43 679 $
Un contrat comme celui-ci illustre bien que les occasions ne concernent pas uniquement les producteurs d’aluminium primaire. Toute la chaîne de transformation — fabrication, assemblage, usinage et produits spécialisés — peut être touchée par les achats publics.
3. Bois et produits du bois
L’industrie québécoise du bois connaît depuis longtemps les effets des différends commerciaux avec les États-Unis.
Mais parallèlement, Québec souhaite augmenter l’utilisation du bois dans les projets publics.
Écoles, bâtiments municipaux, établissements de santé et autres infrastructures publiques peuvent donc représenter un marché intéressant pour les scieries, distributeurs, fabricants de structures, fabricants de portes et entreprises de transformation.
Un exemple concret : Lortie & Martin
LORTIE & MARTIN LTÉE apparaît aussi dans les données de Qui Gagne Quoi pour un contrat directement lié au bois.
Le Centre de services scolaire des Laurentides lui a adjugé en juin 2026 un contrat de fourniture de bois de charpente.
Valeur du contrat : 176 415 $
Le même fournisseur apparaît donc dans plusieurs catégories d’approvisionnement public : acier, bois, matériaux de construction et quincaillerie.
C’est un bon exemple de la façon dont une entreprise peut développer plusieurs sources de revenus auprès du secteur public plutôt que de dépendre d’un seul type de produit.
4. Matériaux et produits de construction
Le secteur de la construction est probablement l’un de ceux où la rencontre entre politique d’achat local et investissements publics sera la plus visible.
Routes, écoles, hôpitaux, bâtiments municipaux, logements, infrastructures d’eau et réseaux de transport nécessitent constamment des matériaux.
Et les contrats ne sont pas réservés aux grandes entreprises de construction.
Un exemple concret : Quincaillerie Palmarolle
Les données de Qui Gagne Quoi montrent que QUINCAILLERIE PALMAROLLE INC. a obtenu en août 2026 un contrat du Centre de services scolaire de Rouyn-Noranda spécifiquement identifié comme « Matériaux de construction ».
Valeur du contrat : 175 709,09 $
Quelques jours plus tard, un autre contrat de fourniture sur demande de matériaux de construction était adjugé par la Commission scolaire English-Montréal à Quincaillerie Notre-Dame de Saint-Henri inc. pour plus de 64 000 $.
Ces contrats montrent que les marchés publics peuvent également être accessibles à des distributeurs régionaux et à des commerces spécialisés, pas uniquement aux grands manufacturiers.
5. Équipements électriques
L’électrification de l’économie et la modernisation des infrastructures publiques créent des besoins importants en équipements électriques.
Hydro-Québec, municipalités, sociétés de transport, établissements scolaires et organismes gouvernementaux achètent régulièrement des génératrices, équipements de contrôle, systèmes d’alimentation, transformateurs, éclairage et autres composantes électriques.
Un exemple concret : Le Groupe LML
Selon Qui Gagne Quoi, la Ville de Saint-Philippe a adjugé en août 2026 à LE GROUPE LML LTÉE un contrat pour la fourniture et l’installation d’un groupe électrogène pour les ateliers municipaux.
Valeur du contrat : 516 097,48 $
Ce seul exemple montre que les besoins électriques du secteur public peuvent rapidement générer des contrats de plusieurs centaines de milliers de dollars.
Pour les manufacturiers, distributeurs, électriciens et intégrateurs québécois, il s’agit donc d’un marché à surveiller de près.
6. Plastiques et composantes techniques
Le mot « plastique » englobe une quantité impressionnante de produits : contenants, conduites, composantes industrielles, produits médicaux, équipements municipaux, mobilier et produits techniques.
Les organismes publics en achètent régulièrement.
Un exemple concret : Durabac
Les données de Qui Gagne Quoi montrent qu’en juin 2026, la MRC de La Haute-Yamaska a adjugé à DURABAC INC. un contrat pour la fabrication et la livraison de conteneurs en plastique pour les ordures et les matières recyclables.
Valeur du contrat : 199 511,52 $
Cet exemple est particulièrement intéressant parce qu’il montre comment un produit manufacturé relativement simple peut devenir un marché institutionnel récurrent lorsque plusieurs municipalités et MRC doivent constamment renouveler leurs équipements.
Pour un fabricant québécois, savoir quelles municipalités achètent ce type de produit et quels fournisseurs gagnent déjà les contrats peut devenir une information commerciale très utile.
7. Textiles, uniformes et vêtements de travail
Le secteur public est également un important consommateur de vêtements et de textiles spécialisés.
Uniformes, vêtements de sécurité, équipements de protection, vêtements sportifs, textiles hospitaliers et vêtements destinés aux employés municipaux font régulièrement l’objet d’achats.
Un exemple concret : Uniformes Le Grand
Selon les données de Qui Gagne Quoi, l’Université de Montréal a accordé en juin 2026 à UNIFORMES LE GRAND (1983) INC. un contrat pour des vêtements de sécurité destinés aux constables et aux agents.
Valeur du contrat : 43 500 $
D’autres contrats recensés dans la base montrent également des achats d’uniformes sportifs et de systèmes automatisés de distribution d’uniformes dans le réseau de la santé.
Le marché est donc beaucoup plus diversifié qu’il pourrait sembler à première vue.
8. Chauffage, ventilation et climatisation
La modernisation du parc immobilier public crée une demande continue en chauffage, ventilation, climatisation et efficacité énergétique.
Écoles, palais de justice, établissements de santé, bureaux gouvernementaux et bâtiments municipaux doivent entretenir ou remplacer des milliers de systèmes mécaniques.
Un exemple concret : Pro-Sag Mécanique
Les données de Qui Gagne Quoi indiquent qu’en août 2026, PRO-SAG MÉCANIQUE INC. a obtenu un contrat de la Société québécoise des infrastructures pour le remplacement de quatre ventilateurs de systèmes de ventilation à Chicoutimi.
Valeur du contrat : 31 365,79 $
Quelques jours plus tard, Qui Gagne Quoi recensait également un contrat de 47 900 $ accordé à CIMA+ par l’Université du Québec à Trois-Rivières pour des services d’ingénierie liés à la mise aux normes de la ventilation.
Il existe donc tout un écosystème de contrats autour de la ventilation : fabricants d’équipements, entrepreneurs mécaniques, firmes de génie, entretien et contrôle des bâtiments.
9. Transport, véhicules et pièces
Les organismes publics exploitent d’importantes flottes de véhicules.
Municipalités, sociétés de transport, Hydro-Québec, services d’urgence, ministères et organismes doivent continuellement acheter des véhicules, remplacer des pièces et entretenir leurs flottes.
Un exemple concret : Batteries St-Eustache
Selon Qui Gagne Quoi, la Corporation d’urgences-santé a adjugé en août 2026 à BATTERIES ST-EUSTACHE INC. un contrat pour l’acquisition de batteries de véhicules.
Valeur du contrat : 164 577,64 $
La base montre également des contrats pour les pièces automobiles. En août 2026, Pièces d’Auto Jarry ltée figurait notamment parmi les fournisseurs retenus par la Ville de Saint-Lambert pour l’achat de pièces mécaniques destinées aux véhicules légers.
Autrement dit, le marché public du transport ne concerne pas uniquement l’achat de véhicules complets. Toute la chaîne d’approvisionnement automobile peut y trouver des occasions.
10. Alimentation et produits institutionnels
Le secteur bioalimentaire représente lui aussi un marché public considérable.
Hôpitaux, écoles, établissements d’enseignement, casinos, centres d’hébergement et autres institutions doivent nourrir quotidiennement des dizaines de milliers de personnes.
Pour les producteurs, transformateurs, distributeurs et grossistes alimentaires, le réseau institutionnel représente donc un marché à part entière.
Un exemple concret : Gordon Food Service Canada
Les données de Qui Gagne Quoi montrent qu’en août 2026, GORDON FOOD SERVICE CANADA LTD. a obtenu de Loto-Québec un contrat portant sur la fourniture et la distribution de produits périssables pour les casinos de Montréal et du Lac-Leamy.
Valeur du contrat : 1 403 133,38 $
Un contrat de plus de 1,4 million de dollars pour une seule catégorie d’approvisionnement donne une idée de la taille que peut atteindre le marché alimentaire institutionnel.
Pour une entreprise québécoise du secteur agroalimentaire, la question n’est donc pas seulement de savoir si le gouvernement achète des produits alimentaires.
La véritable question devient : qui achète quoi, auprès de qui, pour combien et à quelle fréquence?
Ce que ces exemples nous apprennent
Ces dix exemples ont un point en commun : il ne s’agit pas de marchés théoriques.
Ce sont de véritables entreprises qui apparaissent dans les données de Qui Gagne Quoi parce qu’elles ont obtenu des contrats publics.
On y retrouve :
- un centre de rénovation;
- un fabricant;
- des quincailleries;
- un entrepreneur électrique;
- un fabricant de conteneurs;
- un fournisseur d’uniformes;
- un entrepreneur en mécanique;
- un fournisseur de pièces automobiles;
- un distributeur alimentaire.
Et les montants vont de quelques dizaines de milliers de dollars à plus d’un million de dollars.
Pour une PME québécoise qui cherche à diversifier ses revenus dans un contexte commercial plus incertain avec les États-Unis, c’est probablement le constat le plus important.
Le gouvernement n’achète pas seulement des services professionnels ou de grands projets d’infrastructure. Il achète pratiquement tout ce dont une organisation peut avoir besoin.
La difficulté consiste surtout à savoir où sont les occasions et qui sont déjà les joueurs actifs dans son marché.
C’est précisément ce que permettent d’observer les données de Qui Gagne Quoi.
Les marchés publics ne remplaceront pas automatiquement les États-Unis
Il serait évidemment exagéré d’affirmer qu’une entreprise peut simplement remplacer ses ventes américaines par des contrats gouvernementaux.
Les deux marchés fonctionnent très différemment.
Les processus d’appels d’offres comportent des règles précises. Certaines acquisitions sont assujetties à des accords commerciaux. Les exigences techniques, critères de qualification, délais et modalités contractuelles peuvent également représenter une barrière pour une PME qui n’a jamais vendu au secteur public.
La stratégie « acheter québécois » ne signifie donc pas que tous les contrats pourront automatiquement être réservés aux entreprises québécoises.
Mais le signal envoyé par Québec demeure important.