Un fournisseur émergent gagne du terrain en foresterie au Québec

Biothec Foresterie accélère dans les marchés publics

En douze mois, la valeur des contrats remportés par l’entreprise de Shawinigan a progressé de 41 %.

Plus révélateur encore : Biothec soumissionne davantage et gagne plus souvent. Son parcours illustre la place que peuvent prendre des fournisseurs spécialisés dans une chaîne forestière publique qui va désormais bien au-delà de la coupe de bois.**

À première vue, récolter des cônes de pin blanc dans un verger à graines, arracher des souches à Montréal et combattre des plantes exotiques envahissantes le long des routes de l’Outaouais semblent appartenir à trois marchés différents.

Pour Biothec Foresterie inc., ces mandats font pourtant partie d’un même terrain de jeu.

L’entreprise établie à Shawinigan est en train d’accroître sensiblement sa présence dans les marchés publics québécois. Les données de Qui Gagne Quoi montrent qu’au cours des 12 derniers mois, Biothec a remporté 17 contrats totalisant environ 2,53 millions de dollars.

La comparaison avec la période précédente est encore plus parlante. La valeur remportée a augmenté de 41,2 %, tandis que le nombre de soumissions déposées est passé de 35 à 49. Son taux de réussite est pour sa part passé de 25,7 % à 34,7 %.

Autrement dit, Biothec ne gagne pas uniquement davantage de contrats parce qu’elle participe à plus d’appels d’offres. Elle améliore également son rendement lorsqu’elle se présente.

Une croissance qui ne date pas d’hier

Qualifier Biothec de fournisseur « émergent » demande toutefois une nuance.

Il ne s’agit pas d’une jeune pousse. L’entreprise affirme exercer ses activités en foresterie depuis plus d’une décennie, tandis que QGQ retrace un premier contrat public à son nom dès avril 2018.

Ce qui est plus récent, c’est l’élargissement et l’intensification de sa présence auprès des donneurs d’ouvrage publics.

Les données agrégées de QGQ montrent notamment que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) et le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) figurent parmi ses principaux clients publics. Les municipalités prennent également une place importante dans son carnet de commandes.

Cette diversité est visible dans les adjudications récentes.

En septembre 2025, le MTMD lui a attribué un contrat de 700 778 $ pour la gestion d’espèces floristiques exotiques envahissantes dans les emprises routières de l’Outaouais. Le contrat s’étend jusqu’en septembre 2028.

Fait notable : selon les données QGQ, Biothec était l’unique soumissionnaire.

Quelques mois plus tôt, le MRNF lui avait confié l’étêtage et la récolte de cônes d’épinettes noires au verger à graines de la pépinière de Trécesson, en Abitibi-Témiscamingue, pour 136 708 $. Là encore, un seul soumissionnaire est recensé.

Ce manque de concurrence ne se retrouve toutefois pas partout.

En avril dernier, Biothec a remporté un contrat de 141 293 $ pour des travaux d’essouchement dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. Cette fois, six entreprises avaient soumissionné.

En Mauricie–Centre-du-Québec, un contrat de 128 325 $ pour du débroussaillage, de l’abattage et de l’élagage avec nacelle a attiré quatre soumissionnaires. Biothec l’a également remporté.

Le constat est intéressant : l’entreprise semble capable de se positionner autant dans des créneaux spécialisés où la concurrence est faible que dans des appels d’offres municipaux et routiers où plusieurs entrepreneurs se disputent le travail.

Des cônes à la forêt urbaine

La récolte de semences constitue probablement le segment qui rattache le plus directement Biothec à la chaîne forestière québécoise.

En août 2026, le MRNF lui a notamment accordé deux nouveaux contrats : 72 280 $ pour la récolte de cônes de pin blanc au verger d’Aubin-de-l’Isle et 42 900 $ pour des cônes d’épinette rouge au verger de Vincelotte.

L’entreprise avait déjà obtenu des mandats similaires à Trécesson, à La Tuque et dans le Nord-du-Québec.

Ce créneau peut sembler marginal lorsqu’on le compare aux milliards associés à l’industrie du bois. Il constitue pourtant une étape stratégique en amont de toute la chaîne de reboisement.

Le gouvernement du Québec indique que ses pépinières produisent chaque année de 130 à 150 millions de plants destinés au reboisement. Environ 85 % des semences utilisées pour cette production proviennent de sources améliorées, notamment de vergers à graines sélectionnés pour leur rendement ou certaines caractéristiques forestières.

La récolte elle-même est une activité spécialisée. Elle doit tenir compte de la maturité des cônes, de leur provenance, de l’essence recherchée et de la sécurité des travailleurs. Le gouvernement précise d’ailleurs qu’il fait appel à des entreprises privées pour effectuer une partie de cette récolte.

Biothec affirme de son côté avoir récolté plus d’un milliard de semences depuis le début de ses activités et se présente comme un spécialiste de la récolte de semences génétiquement sélectionnées. Il s’agit de données déclarées par l’entreprise et non d’un volume vérifié indépendamment.

Un portefeuille qui dépasse largement la forêt traditionnelle

L’autre caractéristique du parcours de Biothec est sa capacité à transférer des compétences forestières vers des marchés adjacents.

Ses contrats récents comprennent de l’abattage, de l’élagage, de l’essouchement, du débroussaillage, du fauchage routier, de la récolte de semences et maintenant de la gestion d’espèces exotiques envahissantes.

Sur son site, l’entreprise affirme disposer de plusieurs types de machineries et de nacelles et servir autant des organismes publics que de grands donneurs d’ouvrage. Elle cite notamment le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et le Canadien National parmi ses clients.

Aucune donnée publique consultée ne permet cependant de chiffrer ses investissements récents en équipement ou d’établir la taille exacte de son parc de machines.

Cette distinction est importante.

Les adjudications permettent de constater une augmentation de la capacité commerciale apparente de l’entreprise, mais elles ne permettent pas, à elles seules, de conclure qu’elle a augmenté ses effectifs, acheté un nombre précis de nacelles ou investi un montant déterminé dans son expansion.

Le défi opérationnel derrière les contrats

Une croissance des adjudications pose inévitablement une autre question : celle de la capacité à exécuter simultanément les mandats.

Un indice apparaît dans les offres d’emploi.

En juin 2026, Biothec recrutait à Shawinigan un chauffeur de nacelle d’arboriculture pour accompagner une équipe mobile appelée à travailler principalement à Shawinigan et Trois-Rivières, mais également à Lévis et Saint-Lazare.

Une offre antérieure recherchait aussi des arboriculteurs capables d'effectuer des travaux d'abattage, d'élagage, de taille et de haubanage dans plusieurs régions du Québec.

Ces affichages ne suffisent pas à conclure à une pénurie de personnel chez Biothec. Ils montrent toutefois que son modèle repose sur des équipes spécialisées et mobiles, ce qui devient un enjeu à mesure que le territoire desservi s'élargit.

La réglementation ajoute une contrainte supplémentaire.

Depuis 2026, les travailleurs qui effectuent plusieurs types de travaux d’arboriculture — notamment l’élagage hors forêt, l’abattage d’arbres prédéterminés, l’essouchement et le déchiquetage — doivent détenir le certificat de qualification requis ou une carte d’apprenti, selon les modalités applicables.

Pour les entreprises actives dans ce marché, la capacité ne se mesure donc pas uniquement en camions et en nacelles. Elle dépend aussi de la disponibilité de travailleurs qualifiés et conformes aux nouvelles exigences.

La conformité comme billet d’entrée

Sur ce point, certains dossiers publics offrent un aperçu du processus auquel Biothec est soumise.

Dans un appel d’offres de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve à Montréal en 2024, la Ville a identifié Biothec comme l’un des plus bas soumissionnaires conformes. Le dossier municipal indique qu'une vérification avait été effectuée auprès de différents registres, notamment ceux liés à la Régie du bâtiment et à l’admissibilité contractuelle, et qu’aucune restriction pertinente n’avait été relevée au moment de cette vérification.

À Saint-Lazare, la municipalité indiquait également en 2024 que Biothec avait présenté la plus basse soumission conforme, soit 269 286 $ taxes incluses, pour des travaux d’émondage et d’abattage couvrant 2024 et 2025, avec une option pour 2026.

Ces constats ne constituent évidemment pas une garantie permanente de conformité. Ils montrent cependant que l’entreprise a franchi les contrôles applicables dans ces processus d’adjudication précis.

De nouveaux besoins publics

L’évolution du portefeuille de Biothec arrive aussi à un moment où la définition même du marché forestier s’élargit.

La foresterie publique ne se limite plus à la récolte de matière ligneuse.

Elle englobe la production de semences et de plants, l’entretien des corridors routiers, la forêt urbaine, le contrôle de végétation, l’adaptation des infrastructures et la lutte contre certaines espèces envahissantes.

Ce dernier marché pourrait notamment retenir davantage l’attention des entrepreneurs spécialisés. Le Règlement sur les espèces floristiques exotiques envahissantes est entré en vigueur le 4 juin 2026 et vise 31 espèces dont la vente ou la culture à des fins de multiplication est désormais interdite. Le gouvernement considère par ailleurs plusieurs espèces végétales comme prioritaires dans ses interventions.

Il serait prématuré d’en déduire automatiquement une hausse donnée du marché public. Mais le contrat de 700 778 $ remporté par Biothec en Outaouais montre déjà qu’un marché existe pour des interventions spécialisées dans les emprises gouvernementales.

La prochaine étape : transformer la poussée en plateforme

Le portrait que dessinent les données QGQ n’est donc pas celui d’une entreprise sortie de nulle part.

Biothec semble plutôt avoir utilisé plusieurs années de spécialisation forestière pour élargir graduellement son terrain d’action.

Son activité récente repose sur une combinaison intéressante : des contrats techniques de récolte de semences où les soumissionnaires peuvent être rares; des appels d’offres concurrentiels en arboriculture; des contrats pluriannuels d’entretien de végétation; et une clientèle publique répartie dans plusieurs régions.

La principale question est maintenant de savoir jusqu’où ce modèle peut s’étendre.

Les chiffres des 12 derniers mois donnent un premier indice : 49 soumissions, 17 contrats remportés et 2,53 millions de dollars en adjudications, avec un taux de réussite qui approche 35 %.

Dans les marchés publics, gagner du terrain est une chose. Être capable d’absorber cette croissance, de conserver les travailleurs qualifiés et de maintenir sa compétitivité lorsque davantage de fournisseurs s’intéressent aux mêmes créneaux en est une autre.

Pour Biothec, c’est probablement là que se jouera la prochaine étape.