Déchets et recyclage : un regroupement d’appels d’offres à surveiller

À première vue, les appels d’offres liés aux déchets et au recyclage se multiplient dans la région de Québec.

L’examen des données de Qui Gagne Quoi montre toutefois deux phénomènes distincts : une véritable concentration de marchés de collecte lancés par la Ville de Québec au printemps 2025, puis, en 2026, une superposition de besoins chez plusieurs organismes — Ville de Québec, Université Laval, Régie régionale de gestion des matières résiduelles de Portneuf et Réseau de transport de la Capitale.

Il serait donc prématuré de parler d’un vaste appel d’offres régional coordonné. Les données montrent plutôt des calendriers contractuels qui se croisent, sur fond de modernisation de la collecte sélective et de regroupement plus large des opérations à l’échelle québécoise. Dans certains dossiers, particulièrement à Portneuf, les documents permettent même de retracer précisément l’effet d’une fin de contrat ou du vieillissement des équipements.

Une vraie concentration à Québec au printemps 2025

Le regroupement le plus net apparaît dans les données de la Ville de Québec en 2025. Entre le 14 février et le 13 mai, Qui Gagne Quoi recense dix avis liés directement ou indirectement à la collecte, avec des dates de fermeture comprises entre le 12 mars et le 13 juin.

Il ne s’agissait pas de dix versions du même besoin. La Ville a plutôt découpé son marché selon les méthodes de collecte et les équipements requis : ordures dans des contenants enfouis et semi-enfouis à chargement par grue, collecte de porte en porte, contenants à chargement arrière ou avant, matières recyclables en porte-à-porte, contenants ABS, contenants à roulement et encombrants. Cette succession suggère une restructuration coordonnée d’un portefeuille de services, mais avec des compétences et des parcs de véhicules qui ne sont pas nécessairement interchangeables.

L’appel 92297 pour la collecte de porte en porte et le transport des matières recyclables illustre particulièrement cette logique. Le marché a été réparti en quatre lots. Les résultats publiés par la Ville montrent que les lots 1 et 2, pour respectivement 6 342 588,09 $ et 2 885 545,41 $, tandis que les lots 3 et 4, pour 4 617 043,55 $ et 4 466 880,23 $. Au total, les quatre lots représentent environ 18,3 M$ avant taxes.

Le même mois de juillet 2025, pour la collecte des matières recyclables en porte-à-porte et dans les contenants ABS, à 11 275 350,90 $, ainsi que le contrat 92676 pour les contenants enfouis et semi-enfouis à chargement par grue, à 2 537 130,96 $. Pour le dossier 92934 visant les contenants à chargement avant. Ces résultats montrent que le découpage n’a pas simplement concentré tout le volume chez un fournisseur unique.

Un calendrier qui coïncide avec la réforme du recyclage

La concentration de 2025 survient dans un contexte particulier. Depuis le 1er janvier 2025, le système québécois de collecte sélective fonctionne sous le régime modernisé de responsabilité élargie des producteurs. Éco Entreprises Québec est désormais responsable de l’encadrement de la chaîne de valeur de la collecte sélective, de la récupération jusqu’au recyclage. L’ancien régime de compensation municipale a pris fin le 31 décembre 2024.

À Québec même, la Ville et Éco Entreprises Québec avaient annoncé leur entente de partenariat le 3 septembre 2024. La Ville demeure responsable des opérations quotidiennes de collecte et de transport et de l’information de première ligne, mais ÉEQ assume depuis le 1er janvier 2025 la totalité des coûts admissibles de collecte et de transport des contenants, emballages et imprimés récupérés en porte-à-porte et dans les écocentres. L’entente encadre également les responsabilités, les matières acceptées et les paramètres financiers.

Le rapprochement temporel est significatif, sans constituer à lui seul une preuve que la réforme a déclenché chacun des appels de la Ville. Il indique néanmoins que la vague de marchés de 2025 s’inscrit au moment même où les responsabilités, le financement et plusieurs paramètres opérationnels de la collecte sélective étaient redéfinis.

Le rapport annuel 2025 d’ÉEQ renforce cette lecture. L’organisme indique avoir cherché à réduire le nombre de contrats de collecte et de transport et à favoriser des regroupements municipaux afin de réaliser des économies d’échelle. Selon son bilan, 558 organismes municipaux géraient ces services à la fin de 2024, contre 282 au 1er janvier 2025 et 135 à la fin de l’année. Plus de 50 nouveaux devis municipaux auraient également été analysés pour vérifier leur conformité aux critères opérationnels des ententes de partenariat.

Autrement dit, il existe bel et bien un mouvement de mutualisation, mais il se situe surtout dans la gouvernance et la normalisation provinciales. Les données consultées ne montrent pas que la Ville de Québec, l’Université Laval, Portneuf et le RTC achètent ensemble leurs services dans un même marché.

En 2026, des besoins qui se superposent sans se confondre

Le portrait de 2026 est beaucoup plus éclaté.

La Ville de Québec a publié le 29 juin l’appel 95650 pour la collecte de porte en porte et le transport des ordures et résidus verts dans l’arrondissement de Charlesbourg. La réception des offres s’est terminée le 5 août. Le SEAO indique une durée initiale de 40 mois, assortie de trois possibilités de renouvellement successives de 12 mois, ce qui peut porter l’horizon contractuel à 76 mois.

Au 16 août, aucun octroi correspondant au dossier 95650 n’apparaît encore dans les résultats de contrats consultés dans Qui Gagne Quoi. L’étiquette de statut doit d’ailleurs être interprétée avec prudence : la date limite du 5 août est passée, même si la fiche agrégée peut encore apparaître comme ouverte pendant la mise à jour du résultat.

À l’Université Laval, le besoin est différent. L’appel 13034, publié le 15 avril et fermé le 12 mai, vise un prestataire spécialisé pour la collecte des matières recyclables générées sur le campus et dans certains sites hors campus, avec transport vers un centre de tri de la région de Québec. Trois entreprises ont participé. Une visite des lieux était aussi prévue avant la fermeture.

Les données de Qui Gagne Quoi montrent que ce marché a été gagné le 20 mai pour 456 798,16 $, avec une échéance contractuelle inscrite au 20 mai 2028. La concurrence observée dans ce dossier — trois soumissionnaires — contraste avec certains besoins beaucoup plus spécialisés, mais cet échantillon demeure trop petit pour tirer une conclusion générale sur l’intensité concurrentielle du secteur.

Enfin, le RTC a publié le 6 août le dossier 26-1554 pour des services de collecte et de disposition de matières dangereuses dans ses garages, avec fermeture le 10 septembre. Il s’agit d’un flux spécialisé, lié aux activités d’entretien du réseau de transport, et non d’un substitut aux marchés résidentiels de collecte des ordures ou des matières recyclables.

Portneuf : un effet de fin de contrat clairement documenté

C’est à Portneuf que l’hypothèse d’un effet de calendrier est la plus facile à démontrer.

La Régie avait un contrat pour la location de contenants à chargement avant destinés aux matières recyclables et organiques qui prenait fin le 31 décembre 2025. Plutôt que de remplacer tous les contenants en plein hiver en cas de changement de fournisseur, elle a prolongé l’entente pendant six mois, du 1er janvier au 30 juin 2026, aux mêmes modalités, pour une valeur estimée à environ 97 200 $ plus taxes. Les procès-verbaux précisent explicitement que les conditions hivernales étaient jugées défavorables au remplacement des contenants sur l’ensemble du territoire.

La suite arrive exactement au terme de cette période transitoire. L’appel publié le 31 mars 2026 pour la location ou l’achat de contenants à matières recyclables et organiques devait mener à un nouveau contrat débutant le 1er juillet. La Régie a finalement octroyé un contrat de trois ans et six mois pour la location des contenants à chargement avant destinés au recyclage, à 337 311,96 $ pour la première année et à environ 1 180 591,86 $ toutes taxes incluses pour l'ensemble de la période estimée. Deux options supplémentaires d’un an sont prévues.

Un détail mérite toutefois d’être surveillé : aucune soumission n’a été reçue pour l’achat ou la location des contenants destinés aux matières organiques. Il s’agit d’un signal intéressant sur ce segment précis du marché, sans que l’on puisse conclure, à partir d’un seul appel, à un problème généralisé de concurrence.

Un autre dossier de Portneuf montre que la multiplication des appels ne signifie pas nécessairement une multiplication des contrats privés. La Régie a sollicité le marché en février 2026 pour la collecte et le transport des encombrants et résidus verts. Cinq soumissions conformes ont été reçues, allant de 324 324 $ à 754 519,46 $ avant taxes. Après analyse, la Régie a rejeté les cinq offres et décidé d’effectuer elle-même le service.

Cette décision a entraîné un besoin d’équipement : le camion utilisé pour ce service était considéré en fin de vie utile, avec environ deux années d’utilisation résiduelle. La Régie a donc loué un camion de relève pour la période du 1er mai au 30 novembre 2026, pour 104 067,18 $ plus taxes. Le cas illustre bien l’interaction entre appel d’offres, stratégie d’internalisation et cycle de remplacement du parc roulant.

Les équipements constituent le principal dénominateur commun

Les dossiers étudiés ne révèlent pas un modèle technique unique. Ils montrent plutôt à quel point le type de contenant détermine le type d’équipement et, par conséquent, le marché auquel un entrepreneur peut réellement participer.

À Québec, les avis distinguent explicitement les collectes porte-à-porte, les contenants à chargement avant, les contenants à roulement, les contenants ABS et les contenants enfouis ou semi-enfouis nécessitant une grue. Ce ne sont pas de simples différences de formulation : ces configurations supposent des véhicules, des mécanismes de levage et une organisation opérationnelle différents. Le découpage des contrats semble donc répondre au moins en partie aux réalités techniques des différents réseaux de collecte.

La standardisation progresse néanmoins sur certains équipements. À Portneuf, la Régie a décidé en janvier 2026 d’acheter 513 bacs roulants noirs de 360 litres afin de remplacer environ 500 bacs bleus jusque-là utilisés pour les déchets. Le procès-verbal rattache cette décision à la nouvelle règle voulant que le bleu soit réservé aux bacs de récupération dans le système modernisé, afin d’éviter la confusion entre les voies de collecte.

Cette uniformisation dépasse la région. ÉEQ indique avoir regroupé l’achat de bacs de récupération et uniformisé leur couleur et leurs impressions. L’organisme affirme également encadrer les fréquences de collecte, les activités de collecte et de transport, les standards de performance des centres de tri et la traçabilité des matières récupérées.

Il faut toutefois distinguer ces exigences du système québécois des clauses contractuelles de chacun des appels étudiés. Les informations publiques consultées permettent de confirmer des exigences relatives aux contenants, aux modes de chargement, aux territoires desservis et, dans le cas de l’Université Laval, à la destination vers un centre de tri. Elles ne permettent pas de confirmer qu’une même exigence de télématique, de GPS, d’optimisation des parcours, de mesure des émissions ou de traçabilité opérationnelle est reproduite dans tous les devis. Les documents techniques complets distribués par le SEAO devraient être comparés article par article avant de tirer une telle conclusion.

Une mutualisation réelle, mais pas sous la forme d’un seul appel régional

L’hypothèse d’un regroupement est donc partiellement confirmée.

Il existe d’abord un regroupement interne évident à la Ville de Québec, avec une série de marchés lancés sur quelques mois et découpés selon les territoires, les matières et les technologies de collecte. Il existe ensuite une mutualisation institutionnelle à Portneuf, où une régie régionale gère déjà les besoins de plusieurs municipalités. Enfin, la réforme de la collecte sélective pousse à une consolidation beaucoup plus large : ÉEQ affirme explicitement vouloir réduire le nombre de contrats, favoriser les regroupements municipaux et uniformiser une partie des paramètres opérationnels.

En revanche, rien dans l’échantillon ne démontre que les appels de la Ville de Québec, de l’Université Laval, de Portneuf et du RTC constituent les morceaux d’un même achat régional coordonné. Les matières ne sont pas toujours les mêmes, les équipements requis diffèrent fortement et les horizons contractuels vont d’un besoin ponctuel ou spécialisé à des engagements pouvant dépasser cinq ans.

L’effet de calendrier apparaît beaucoup plus convaincant. La réforme du recyclage est entrée en vigueur le 1er janvier 2025; la Ville de Québec a lancé une importante séquence d’appels quelques semaines plus tard; Portneuf a documenté noir sur blanc une fin de contrat au 31 décembre 2025 suivie d’une prolongation hivernale et d’un nouveau contrat au 1er juillet 2026; et plusieurs organismes renouvellent parallèlement leurs propres besoins.

Ce qu’il faudra surveiller maintenant est moins le nombre brut d’avis que leur articulation : résultat du dossier 95650 à Charlesbourg, concurrence au prochain renouvellement des différents modes de collecte, réponse du marché aux besoins de contenants organiques à Portneuf et évolution des exigences imposées dans les devis sous le nouveau cadre d’ÉEQ. C’est à ce niveau que l’on pourra déterminer si la consolidation provinciale finit par réduire réellement le nombre de marchés distincts dans la région de Québec — ou si elle harmonise surtout les règles tout en maintenant des contrats opérationnels séparés.

Méthodologie

L’analyse repose sur des recherches effectuées dans Qui Gagne Quoi parmi les avis et contrats de la Capitale-Nationale, principalement pour 2025 et 2026, avec des recherches sur la collecte, les déchets, les matières recyclables, les résidus verts, les encombrants, les contenants et les services connexes. Une attention particulière a été accordée aux dates de publication, de fermeture et d’octroi afin de ne pas confondre les résultats récemment publiés avec de nouveaux appels d’offres.

Les données ont été recoupées avec le SEAO, les listes de contrats de la Ville de Québec, les procès-verbaux de la Régie régionale de gestion des matières résiduelles de Portneuf, Éco Entreprises Québec et RECYC-QUÉBEC. Les montants officiels de la Ville cités dans le texte excluent les taxes lorsque la source municipale les présente ainsi. Certaines fiches de Qui Gagne Quoi peuvent conserver temporairement un statut d’appel ouvert après la date de fermeture, et les montants peuvent différer selon que les taxes, lots ou options sont inclus. Enfin, l’accès aux cahiers techniques complets de certains appels sur le SEAO étant limité, l’analyse ne présume pas l’existence de clauses communes de traçabilité, de télématique ou de performance environnementale lorsqu’elles n’ont pas pu être vérifiées directement.